nous allons chez xyz
tu es invitée mam
chaleureusement invitée…
c’est gentil merci
mais je ne viendrai pas
…
pourtant tu disais que la dernière fois
ils avaient été plus agréables
et que tu étais émue…
pas émue ma douce…chamboulée
interpellée
depuis une dizaine d’années
je suis pour eux un ovni
je le ressens à leurs regards dubitatifs
ils n’ont jamais pu me classer
je restais donc en périphérie de nos fêtes familiales
en échangeant des banalités
et là
pour les trois ans du ptit d
ils étaient chaleureux
s’intéressaient à moi
et au moment de partir
ils ont mis beaucoup de cœur à m’embrasser
et tout ça
parce qu’ils ont appris par toi
une partie de mon passé
une partie de ma souffrance
je n’ai plus besoin
que l’on me berce
je sais maintenant que je peux le faire toute seule !
je veux juste
entrer en amour…en amitié
simplement sur un regard
ou deux mots
je ne veux plus aller
au devant de ceux
qui m’ont jaugée jugée
…
rien à prouver
et la reconnaissance vînt…
par petites touches
et les souvenirs douloureux avec elle
quand on est soi-même à l’envers
comment comprendre sa fille dans le même état…
elle n’a jamais été avare de sa colère
de ses manipulations
protégée par le recul
acquis lors de mes thérapies
je n’ai eu le choix
que de la comprendre
je me faisais lisse pour elle
pour qu’elle n’ait plus de prise
me suis même demandé
si j’avais besoin d’elle pour vivre
accepté ses paroles…ses révoltes
même si
elle allait trop loin…
paroles violentes…virulentes
je devais payer au propre comme au figuré
et j’ai payé avec détachement !
elle me voulait sous terre
je montais d’un cran
jamais démissionné d’elle
j’ai attendu
et dans cette attente je me guérissais de moi
et j’ai même trouvé la réponse
non je n’ai pas besoin d’elle
mais la vie avec elle est beaucoup plus jolie…
nos lucidités retrouvées
nous allons donc
à la rencontre de l’une et de l’autre…
une douceur l’habite
plus d’éclats
juste un dialogue d’égale à égale
et les émotions s’expriment…
à la dérobée
je la regarde
je la trouve belle
même si
elle n’aime pas ce double menton
que lui apporte la grossesse
je la regarde m’expliquer
son « elle »
et
je suis heureuse
d’avoir attendu
d’avoir compris…
le pouvoir qu’ont les mots
de rendre visible
ce qui ne se voit pas
grandir avec une mère malade
elle a grandi
elles ont grandi
avec moi malade
je n’ai jamais mis un nom
à cette course à contre courant
qu’a été ma vie
juste…dépression
et encore…sans en saisir la réalité
avant
ce n’était pas reconnu
il y avait « les fous ou les normaux »
autant se ranger dans la deuxième catégorie
si on voulait faire quelque chose
de notre vie
tellement lutté
pour qu’elle ne m’avale pas
pas eu le temps
de la reconnaître
la nommer…
salut dépression
tu m’habites
tu pourris ma vie
je vais prendre sérieusement conscience de toi
non…jamais
cette reconnaissance là…
j’éludais dans le sourire
la raillerie
la dérision
toujours voulu
être plus forte qu’elle
sans prendre le bon chemin
là…
maintenant qu’elle s’est tue
qu’elle ne me taraude plus
que mon envers est devenu endroit
ou la vie me paraît douce
même dans l’adversité
je reçois les mots
les explications de mon enfant
adulte maintenant...
il s’efface doucement
je n’ai plus qu’une plaque à commander
au marbrier
un peu comme si
je m’éloignais d’une rive…
cette île ne m’appartient plus
plus du tout
*
et le soleil s’approche…
paul va faire sa traversée
et nous le rejoindrons
ce n’est pas pour les antilles
non
c’est juste
pour manger des fruits
lire
nager
buller
et naviguer…
c’est marie qui le dit…
il est mort…
et nous lui survivons…
les uns et les autres
compatissent
parfois avec véhémence
comme si
il était resté trop longtemps sur terre
moi
je pense que non
je sais qu’il est resté pour m’apporter
tous les éléments d’un apaisement
et j’aime ce message reçu…
rien de ce qui a été fait ne sera défait
mais qu’il repose et que tu vives
et
je le lui ai dit…
et j’ai ajouté
mille et une choses
l’après lui…
les thérapies
notre histoire aux multiples tiroirs
le bon…le mauvais
êtes vous conscient d’avoir hypothéqué
la vie de sylvie ?
sa difficulté de vivre le quotidien ?
pas un seul jour ne passe sans que j’y pense… !
il m’écoutais
il m’a même tendu un mouchoir
alors qu’il pleurait…
c’est vous qui pleurez gardez le pour vous
avez-vous compris ce qui nous est arrivé ?
y avez-vous réfléchi ?
et le même discours d’alors…
les mêmes phrases !
avalé par le déni
mur indestructible…
enfermé dans un rêve
dans des paroles de fin
que nous ne nous sommes jamais dites
des promesses jamais faites
il est sûr…
il entend même des voix !
caramel tambour disait-il…
les deux mots que nous pouvions prononcer
devant tout le monde
étant les seuls à savoir qu’ils voulaient dire…
je t’aime
ces deux mots m’obsèdent me disait-il
ils me réveillent
je ne dors plus…habité par des cauchemars !
si vous sortiez de votre déni
vous pourriez peut être avoir une conscience
plus tranquille ?!
regard vide…
et puis
il faut bien que l’entretien ait une fin
il m’a dit…
alors au revoir…je ne me retourne pas !?
non lui ai-je répondu
et je ne me suis pas retournée
pleure ma douce
et trouve le chemin de l’apaisement seule
avec le plein d’amour d’attention autours de toi…
pleure
lui pleure sur lui
tu sais…
j’étais riche
d’une autre culture
je m’en doutais
mais n’en étais pas sûre
un saut de puce
et je l’ai rejointe
et j’ai retrouvé
cette douceur
de vivre
de climat
cet accent caressant
cette autre façon de voir les choses
la vie…
et j’ai reparlé
et j’ai repris confiance…
pris de la hauteur
oui je les ai aimé
et les aime toujours…
oui ils me font rire
et d’eux je ne pleurerai pas
et cette envie
au retour
de lui dire
de lui dire doucement...
que même cela
il ne me l’a pas pris…
à suivre…
bah alors…
quand
le prince grenouille photographe
se déplace
il déplace avec lui
les grands de ce monde
ça donne
une journée particulière...
mercredi
nambaryn et dimitri…
dans notre village bac à sable
euhhhhh
vu le charisme de nambaryn
j'vais pas tarder
à rejoindre
oulan bator
les plaines à perte de vue...
pour dormir sous une yourte...
à suivre…
je suis moi !
juste moi
sans accessoire
y ai mis le temps
c’est elle qui le dit
et moi aussi...
j’ai
autours de moi
un jardin…d’amitiés
ou les mauvaises herbes
se transforment en fleurettes…
tu l’as vu mon jardin ?
j’ai joué avec les verts !
pas de fleurs ?
si si cachées par ci par là…
et cette année
les maladies et les pucerons
n’ont pas osé entrer
il n’y a pourtant pas de porte !
parmis cette verdure
il y a
une reine mère recousue et assagie
une poule jonglant avec les mots
des pintades à profusion
une pauvre lucette bourrée d’humour
des âmes lointaines bacàsablefamiliales
un peintre d’anges et aussi de cheveux blancs
une fliquette si peu fliquette
un amour d’ami
des cafétologues avertis
une jeune mariée mère grand portant aussi
le titre de pintade
des coqs rieurs et charmants
deux hiron d’ailes
et des poussins…
dont un qui peint les intérieurs de boîte !
important les poussins
être juste moi
pour répondre aux poussins
être en paix
avoir le recul
pour rassurer les poussins
ça n’a pas de prix
ou alors si
celui d’une vie mouvementée…
basse court chérie…
un bateau…
une vie résumée en bateau !
sans casquette de capitaine
elles l’ont construit ensemble
pour moi !
elles se sont parlées
se sont entendues
elles avaient pris le large
l’une vis-à-vis de l’autre
l’une trop théâtrale pour l’autre
l’autre trop tranchante pour l’une
se sont retrouvées
en s’admettant
s’acceptant
se respectant
sans se renier
se déliter
en gardant l’une et l’autre
leur essence
elles ont fait cela
pour elles
mes ailes…
alors décrire ce qui suivit
juste
bonheur
fugace furtif
et fête
fête légère et gaie
le plein de chaleur humaine
bye les cinquante
vive les soixante
merci famille amis
bonheur de se sentir portée
pour ce sacré palier…