marine
oui…
c’est pour quand ton opération ?
lundi
ohhh mince alors !
…
c'est qui qui viendra tous les matins ?
fatou
grrrrr...ohhh mince alors !
j’aurais pas mes petites chaussettes
et mon eau de rose
non mam
montagne d’égoïsme
que je me refuse d’escalader
en novembre
trouver une montagne népalaise sans nom
et la prénommer paulette
qu’est-ce qui fait
qu’un jour tout bascule ?
qu’est-ce qui fait
qu’on se sente bien un jour
et le lendemain plus ?
je l’entends soliloquer dans la pièce à côté…
son optimisme m’enfonce
ne pas oublier…de demander
ont-ils des statistiques ?
car j’aimerais savoir
si ce que je ressens est réel…
connaître le pourcentage du cancer de l’utérus
chez les enfants abusées…
la mémoire du corps…
mourir par là ou on nous a atteint !
regarde alfred
son cœur aurait pu s’arrêter
il aurait pu partir d’une pneumonie
et bien non
il s’est vidé de son sang
par l’endroit que ses agresseurs ont choisi
la mémoire du corps…
le mien se souvient donc !
on vous convoquera… !
suspendue à une convocation
et je l’entends dire
ahhh voilà le rouge
ou est passé le vert ?
de chien de chien j’ai jamais vu
un truc comme ça !
si j’avais des sous je descendrais bien au port !
elle est comme ça…avec ses jurons
sa peur de manquer…chevillée au corps…à l’esprit
elle a quatre vingt dix ans…
feu vert !
je ne l’avais pourtant pas donné !
j’avais pensé que tard plus tard l’adversité viendrait
et…
au moment ou tout va bien
elle toc
coucou je suis là
tu vas devoir te battre contre moi
oui ! je ne t’ai pas invitée
si si souviens toi
au pire moment…tu m’appelais…
j’appelais la mort…pas toi !
ben oui et bien je suis une mort déguisée…
marine ?
oui mam…
tu vas vivre
regarde…ça fait quarante ans que je vis sans…
oui mam
trente ans nous séparent
une annexe
(petit bateau pour aller au gros)
une vague
une tong facétieuse
et cendrillon ploufa
et les copains pouffèrent
ah ah ah tu pourrais concourir
à l’élection de miss tee-shirt mouillé !
alors voilà…
cendrillon recherche
tong droite pointure 39 !
nageant quelque part
dans la mer des caraïbes…
et puis aussi
c’est là
au milieu d’une eau limpide
que je reçus l’appel de chris
mam…
le travail commence
je voulais t’entendre
…émotion
c’est bien ma chérie
tout va bien se passer
…émotion
je voulais aussi que tu sois la première
à connaître son prénom
…émotion
c’est dara…tu entends d.a.r.a
oui c’est beau…merci pour ce cadeau
chérie ?
oui…
tout de toi est beau
allooooooo ?
oui…
qu’est-ce que tu as dit ?
tout de toi est beau ma douce
je t’embrasse courage
oui mam…je t’aime
moi aussi je t’aime ma chérie
13 heures plus loin…message
après plus de 12 heures de travail
chris a mis au monde un magnifique petit garçon
à 0 hre et 46 min
pesant 3kg 430 et 49 centimètres
si vous voulez connaître son prénom
venez nous voir à partir du 21.01
à la mat de genève
on est trop fatigués aujourd’hui
on vous embrasse tous
sur le bateau
nous avons noyé notre joie au tipunch
avons regardé nos montres
et ensemble avons constaté
vu le décalage horaire
qu’il était né demain…
lundi retour
vite faire connaissance avec ce petit bout de nous
portail ouvert
porte fenêtre ouverte
porte chambre ouverte
et je les découvre
endormis
sa joue sur son sein
celle de chris sur l’oreiller
j’aurais voulu
sauver cette image
tant elle était belle…
nous allons chez xyz
tu es invitée mam
chaleureusement invitée…
c’est gentil merci
mais je ne viendrai pas
…
pourtant tu disais que la dernière fois
ils avaient été plus agréables
et que tu étais émue…
pas émue ma douce…chamboulée
interpellée
depuis une dizaine d’années
je suis pour eux un ovni
je le ressens à leurs regards dubitatifs
ils n’ont jamais pu me classer
je restais donc en périphérie de nos fêtes familiales
en échangeant des banalités
et là
pour les trois ans du ptit d
ils étaient chaleureux
s’intéressaient à moi
et au moment de partir
ils ont mis beaucoup de cœur à m’embrasser
et tout ça
parce qu’ils ont appris par toi
une partie de mon passé
une partie de ma souffrance
je n’ai plus besoin
que l’on me berce
je sais maintenant que je peux le faire toute seule !
je veux juste
entrer en amour…en amitié
simplement sur un regard
ou deux mots
je ne veux plus aller
au devant de ceux
qui m’ont jaugée jugée
…
rien à prouver
et la reconnaissance vînt…
par petites touches
et les souvenirs douloureux avec elle
quand on est soi-même à l’envers
comment comprendre sa fille dans le même état…
elle n’a jamais été avare de sa colère
de ses manipulations
protégée par le recul
acquis lors de mes thérapies
je n’ai eu le choix
que de la comprendre
je me faisais lisse pour elle
pour qu’elle n’ait plus de prise
me suis même demandé
si j’avais besoin d’elle pour vivre
accepté ses paroles…ses révoltes
même si
elle allait trop loin…
paroles violentes…virulentes
je devais payer au propre comme au figuré
et j’ai payé avec détachement !
elle me voulait sous terre
je montais d’un cran
jamais démissionné d’elle
j’ai attendu
et dans cette attente je me guérissais de moi
et j’ai même trouvé la réponse
non je n’ai pas besoin d’elle
mais la vie avec elle est beaucoup plus jolie…
nos lucidités retrouvées
nous allons donc
à la rencontre de l’une et de l’autre…
une douceur l’habite
plus d’éclats
juste un dialogue d’égale à égale
et les émotions s’expriment…
à la dérobée
je la regarde
je la trouve belle
même si
elle n’aime pas ce double menton
que lui apporte la grossesse
je la regarde m’expliquer
son « elle »
et
je suis heureuse
d’avoir attendu
d’avoir compris…
le pouvoir qu’ont les mots
de rendre visible
ce qui ne se voit pas
grandir avec une mère malade
elle a grandi
elles ont grandi
avec moi malade
je n’ai jamais mis un nom
à cette course à contre courant
qu’a été ma vie
juste…dépression
et encore…sans en saisir la réalité
avant
ce n’était pas reconnu
il y avait « les fous ou les normaux »
autant se ranger dans la deuxième catégorie
si on voulait faire quelque chose
de notre vie
tellement lutté
pour qu’elle ne m’avale pas
pas eu le temps
de la reconnaître
la nommer…
salut dépression
tu m’habites
tu pourris ma vie
je vais prendre sérieusement conscience de toi
non…jamais
cette reconnaissance là…
j’éludais dans le sourire
la raillerie
la dérision
toujours voulu
être plus forte qu’elle
sans prendre le bon chemin
là…
maintenant qu’elle s’est tue
qu’elle ne me taraude plus
que mon envers est devenu endroit
ou la vie me paraît douce
même dans l’adversité
je reçois les mots
les explications de mon enfant
adulte maintenant...
il s’efface doucement
je n’ai plus qu’une plaque à commander
au marbrier
un peu comme si
je m’éloignais d’une rive…
cette île ne m’appartient plus
plus du tout
*
et le soleil s’approche…
paul va faire sa traversée
et nous le rejoindrons
ce n’est pas pour les antilles
non
c’est juste
pour manger des fruits
lire
nager
buller
et naviguer…
c’est marie qui le dit…
il est mort…
et nous lui survivons…
les uns et les autres
compatissent
parfois avec véhémence
comme si
il était resté trop longtemps sur terre
moi
je pense que non
je sais qu’il est resté pour m’apporter
tous les éléments d’un apaisement
et j’aime ce message reçu…
rien de ce qui a été fait ne sera défait
mais qu’il repose et que tu vives
et
je le lui ai dit…
et j’ai ajouté
mille et une choses
l’après lui…
les thérapies
notre histoire aux multiples tiroirs
le bon…le mauvais
êtes vous conscient d’avoir hypothéqué
la vie de sylvie ?
sa difficulté de vivre le quotidien ?
pas un seul jour ne passe sans que j’y pense… !
il m’écoutais
il m’a même tendu un mouchoir
alors qu’il pleurait…
c’est vous qui pleurez gardez le pour vous
avez-vous compris ce qui nous est arrivé ?
y avez-vous réfléchi ?
et le même discours d’alors…
les mêmes phrases !
avalé par le déni
mur indestructible…
enfermé dans un rêve
dans des paroles de fin
que nous ne nous sommes jamais dites
des promesses jamais faites
il est sûr…
il entend même des voix !
caramel tambour disait-il…
les deux mots que nous pouvions prononcer
devant tout le monde
étant les seuls à savoir qu’ils voulaient dire…
je t’aime
ces deux mots m’obsèdent me disait-il
ils me réveillent
je ne dors plus…habité par des cauchemars !
si vous sortiez de votre déni
vous pourriez peut être avoir une conscience
plus tranquille ?!
regard vide…
et puis
il faut bien que l’entretien ait une fin
il m’a dit…
alors au revoir…je ne me retourne pas !?
non lui ai-je répondu
et je ne me suis pas retournée
pleure ma douce
et trouve le chemin de l’apaisement seule
avec le plein d’amour d’attention autours de toi…
pleure
lui pleure sur lui
hello! je passe aux nouvelles fais nous un signe ou un cygne, si tu préfères :) read more
on marine... marine...