parfois doc
je me demande
ce que j’ai fait de ma vie
et quand je me retourne
je ne vois qu’une étude
une étude de Ma vie
la mienne
et parfois je m’en veux
me traite d’égoïste
je pourrais être docteur es Moi !
j’ai un peu honte doc
marine
vous êtes venue au monde
pour vivre cette vie
dénouer et casser la chaîne
qui existait dans votre lignée
et vous y êtes parvenue
vous avez préservé le futur de vos descendants
c’est une belle entreprise
alors oubliez la honte
en sortant
le temps était au gris
il y avait un rayon de soleil
et j’ai trouvé l’herbe très verte
suis passée embrasser circonflexe et petit d
et quand je suis repartie
depuis la voiture je disais au revoir à petit d
quand je le vois porter la main sur son cœur
j’interroge chris du regard
et chris me dit
oui oui il t’a dans son cœur…
le plein d’amour
ne vous taisez pas docteur D
votre démarche était juste
jacques chessex est mort de lui-même
il est arrivé à bon port
au milieu des livres
qu’il affectionnait tant
c’est lui qui a choisi de partir
au moment ou il a avec beaucoup de maladresse
ou de méconnaissance
pris position pour monsieur polanski
vous avez à juste titre défendu
la cause des enfants, des femmes, violés, abusés
je m’insurge aussi
quand je lis de gros titres dans la presse
genre
un cardinal juge l’avortement bien pire que les abus sexuels
qui sommes nous pour juger
si telle chose est plus grave qu’une autre
pourquoi une échelle de l’horreur ?
l’horreur est là
traitons là, respectons là
et respectons ceux qui la prennent en considération
merci docteur D
merci beaucoup
et que ces quelques mots d’une enfant abusée
puisse apaiser vos doutes
candide se noie ?
cet été
nous sommes allés
chris, sté, clau et moi
dans un endroit sauvage du valais
la grande maison nous a hébergés
et nous sommes partis à la découverte
de ces paysages si beaux
si pelés, si pierreux
un instant de paix
ou loin de tout
le temps n’existe que dans le présent
quatre jours d’amitié
retour dans la civilisation
retour dans le bruit
nous nous arrêtons vers une terrasse
afin d’y déjeuner
nous étions juste bien
le soleil
une brise
une douceur de vivre
quand j’ai eu la candeur de dire
qu’elle est belle cette vie…
claudie s’est retournée vers moi
le visage convulsé
et me dit
comment peux tu dire une chose pareille ?
elle est affreuse cette vie
et la voilà m’énumérant les atrocités planétaires
et qu’elle se refusait d’avoir ma candeur !
je lui ai rétorqué
que la candeur ne rend pas aveugle
et que je veux voir le bon côté des choses
puisque je suis impuissante
à résoudre les affaires planétaires
et que je ne viens pas de nulle part
que j’ai assez réfléchi sur Mon histoire
pour encore m’occuper de Celle du monde
et que je préfère maintenir autours de moi
une paix, une harmonie…
nous venions de partager de si beaux moments !
et là
depuis notre retour
il me semble
que cette candeur s’efface
quand j’entends les commentaires
des uns et des autres
sur les différentes affaires de pédophilies
c’est bien quand les choses reviennent en surface
sont dites
je m’aperçois seulement
que ça me bouleverse
et ce n’est que le prénom !
heureusement, il y a…
noa sept ans
ça va pas noa
on ne fait pas une chose pareille !
c’est pas de ma faute maman
c’est jésus, c’est jésus
ah oui ? c’est jésus ?
oui, c’est jésus qui nous guide !
vive jésus alibi !
jamais
non jamais je ne t’ai pleuré
de la colère…oui
mais des larmes…non
trop longtemps dans le manque
trop de jours à chercher à te retrouver
dans un film
dans un livre
dans d’autres visages
aujourd'hui il est temps
de lâcher la colère pour les larmes...
mais qu’a-t-elle à me regarder
faut lui mettre une laisse à ta femme !
avait dit
le beau moniteur de ski nautique
au père de mes filles
je le regardais éperdument
parce que trop de ressemblance avec toi
même sourire en coin
prêt à me dire tu viens picpuce...
même dégaine
une certaine élégance
une aisance de beau garçon
chris avait failli lui casser la figure
un jour
de promenade du côté du boulevard saint georges
je croise ton portrait dans une vitrine d’antiquaire
j’ai dû rester une heure devant ce tableau
ce n’était pas toi mais presque
pas eu la présence d’esprit d’entrer
d’acheter…
quand je suis revenue quelques jours après
tu n’étais plus là
quelqu’un ou quelqu’une t’avait ravi
une vie sans toi
c’est long papa
me sauver d’elle ?
vite me sauver d’elle…
de ses absences
de cette beauté figée
de ce corps encore beau
qui s’amenuise, se rétrécit
vaillance désengagée
parfois me sauver d’elle…
nous sommes le 28 ?
non mam le 12
et ainsi tous les matins
depuis que le mois se prénomme septembre
accrochée à ce 28
elle n’attend que le 28
je sais
j’ai compris
que ça veut dire
je t’aime ma fille
c’est ton jour à toi
c’est le plus beau de ma vie
elle l’a dit à chris
alors invariablement
tous les matins elle me demande
si nous sommes le 28
que ferons nous le 29 ?
y aura-t-il un 29 ?
et si demain
était un vrai demain
un de ceux ou tout bascule
ou rien n’est plus comme avant
vis-je les derniers instants d’avant ?
comment dire
ce vide que je sens en toi
ce gouffre
comment dire ?
tu ne te livres pas
tu écoutes
réponds gentiment
mais tu ne te livres pas !
complexe le complexe
vide vide vide
comment dire
ce manque de base
et puis
en voiture ce matin
avec reine mère
je l’écoutais se souvenir
et me transmettre une fois de plus
des détails de notre histoire
et là déclic
tu as un manque
de transmission familiale
pas d’anecdote
pas d’histoire avec petit et grand h
pas de tendresse…non
privée de cette toile d’araignée
qui peut parfois blesser
retenir
mais sur laquelle on peut rebondir
alors je saisis
ce regard vide
quand tu es devant ce que tu ne peux comprendre
je pensais que nous étions dans une impasse
que tu t’ennuyais avec moi
non ce n’est pas ça
mais maintenant
comment te dire
que je suis là pour toi
tu le sais cela
mais comment le dire
comme une mère qui aime son petit
sans te déstabiliser
sans lever trop haut ce couvercle
que tu veux tenir fermé
et que tu as pourtant entrouvert hier
comment dire…
marine
oui…
c’est pour quand ton opération ?
lundi
ohhh mince alors !
…
c'est qui qui viendra tous les matins ?
fatou
grrrrr...ohhh mince alors !
j’aurais pas mes petites chaussettes
et mon eau de rose
non mam
montagne d’égoïsme
que je me refuse d’escalader
en novembre
trouver une montagne népalaise sans nom
et la prénommer paulette
qu’est-ce qui fait
qu’un jour tout bascule ?
qu’est-ce qui fait
qu’on se sente bien un jour
et le lendemain plus ?
je l’entends soliloquer dans la pièce à côté…
son optimisme m’enfonce
ne pas oublier…de demander
ont-ils des statistiques ?
car j’aimerais savoir
si ce que je ressens est réel…
connaître le pourcentage du cancer de l’utérus
chez les enfants abusées…
la mémoire du corps…
mourir par là ou on nous a atteint !
regarde alfred
son cœur aurait pu s’arrêter
il aurait pu partir d’une pneumonie
et bien non
il s’est vidé de son sang
par l’endroit que ses agresseurs ont choisi
la mémoire du corps…
le mien se souvient donc !
on vous convoquera… !
suspendue à une convocation
et je l’entends dire
ahhh voilà le rouge
ou est passé le vert ?
de chien de chien j’ai jamais vu
un truc comme ça !
si j’avais des sous je descendrais bien au port !
elle est comme ça…avec ses jurons
sa peur de manquer…chevillée au corps…à l’esprit
elle a quatre vingt dix ans…
feu vert !
je ne l’avais pourtant pas donné !
j’avais pensé que tard plus tard l’adversité viendrait
et…
au moment ou tout va bien
elle toc
coucou je suis là
tu vas devoir te battre contre moi
oui ! je ne t’ai pas invitée
si si souviens toi
au pire moment…tu m’appelais…
j’appelais la mort…pas toi !
ben oui et bien je suis une mort déguisée…
marine ?
oui mam…
tu vas vivre
regarde…ça fait quarante ans que je vis sans…
oui mam
trente ans nous séparent
quand la vie a été si lourde qu'elle t'oblige à te retourner sans cesse, le mieux est de la décortiquer... read more
on le plein d'amour...